Lettre aux électrices et aux électeurs d'Ariège
Chères et chers collègues,
Au terme de cette campagne, au cours de laquelle je suis allé régulièrement à votre rencontre et vous ai adressé, par courrier ou en vidéo, des analyses et des propositions concrètes, je veux aujourd’hui m’adresser à vous une nouvelle fois.
À vous, parlementaires, conseillers régionaux et départementaux, maires, délégués des conseils municipaux, qui, le dimanche 27 septembre, allez élire la sénatrice ou le sénateur de notre département.
Et je veux commencer par rappeler une évidence.
Dimanche, vous n’élirez pas un super-conseiller départemental. Vous élirez un élu de la Nation.
Le Sénat est, avec l’Assemblée nationale, l’un des deux lieux du pouvoir législatif. Mais sa responsabilité est particulière : parce qu’il représente les territoires, parce que la ruralité et la montagne y occupent une place essentielle, le Sénat porte une responsabilité immense dans la défense de nos communes, de nos campagnes et de nos territoires.
Près de 45 % des inscrits sur les listes électorales vivent aujourd’hui en ruralité. 88 % des communes françaises sont rurales. Elles rassemblent environ un tiers de la population française.
Et dans près de 21 000 communes, aucun commerce n’est présent.
Ce constat devrait nous interpeller.
Car ce que nous vivons en Ariège n’est pas une exception.
C’est le symptôme d’une crise beaucoup plus profonde de notre modèle territorial :
- Agriculture et souveraineté alimentaire ;
- Services publics ;
- Mobilité ;
- Éducation et formation ;
- Logement ;
- Santé et vieillissement de la population ;
- Protection et sécurité, y compris des élus ;
- Lutte contre les incendies ;
Et surtout : préservation de notre bien commun le plus précieux, l’eau.
Ces difficultés, nous les connaissons ici. Mais elles traversent aussi une immense partie de la France rurale et montagnarde.
Voilà pourquoi le sénateur n’est pas simplement un élu ariégeois. Il est un élu national, enraciné dans un territoire.
Médiateur entre l’État et les territoires, il doit faire la Loi. Il doit interpeller les plus hautes autorités de l’État. Il doit porter les besoins de sa population. Il doit proposer. Il doit prendre des initiatives. Il doit défendre les territoires lorsque les décisions nationales les oublient. Bref, il doit incarner la dimension territoriale de la République dans le processus législatif.
Alors, soyons très clairs : dimanche, vous ne choisirez pas un prolongement du conseil départemental. Vous choisirez la voix des territoires ariégeois au Parlement de la République.
Et cette voix devra porter une ambition.
1/ VOUS M’AVEZ PARLÉ. JE VOUS AI ENTENDUS.
Chères et chers collègues,
Durant cette campagne, je vous ai écoutés. Et je veux vous dire ce que j’ai entendu.
J’ai rencontré une immense dignité. J’ai rencontré du courage. J’ai rencontré des femmes et des hommes qui continuent, malgré tout, à faire vivre la démocratie de proximité.
Mais j’ai aussi entendu une colère profonde :
- une colère face aux moyens qui diminuent ;
- une colère face aux responsabilités qui augmentent ;
- une colère face à cette impression terrible de devoir toujours faire davantage avec toujours moins.
Et ce que vous m’avez dit a renforcé une conviction qui est au cœur de mon engagement : il faut rendre du pouvoir à la commune.
Parce que la commune demeure le premier lieu de la démocratie :
- Le lieu où l’on connaît les habitants ;
- Le lieu où l’on voit les problèmes ;
- Le lieu où l’on peut encore parler directement avec tous les citoyens.
Je ne considère évidemment pas les intercommunalités comme inutiles. Mais elles doivent faire ce pour quoi elles ont été créées : réellement coopérer.
La mutualisation ne doit pas devenir un slogan. Elle ne doit pas servir d’alibi à une concentration toujours plus grande des pouvoirs. Et en Ariège, où certaines communautés de communes couvrent des territoires immenses pour atteindre des seuils démographiques fixés depuis Paris, il est temps de regarder les réalités en face.
L’organisation territoriale doit partir des territoires, et non depuis Paris.
En matière de sécurité, les maires ne doivent plus être laissés seuls.
Je prends ici un engagement très concret. Je me battrai pour donner aux maires, notamment aux maires des petites communes, les moyens de protéger leurs villages contre le risque d’incendie.
Parce qu'il ne suffit pas de rappeler la loi. Il faut rendre son application possible. Trop souvent, les obligations légales de débroussaillement sont extrêmement difficiles, voire absolument impossibles à mettre en œuvre en raison de la topographie, du parcellaire et de la réalité de nos territoires.
Rappeler une règle que l’on sait inapplicable ne constitue pas une politique publique.
Je travaillerai donc avec les services de l’État, avec les communes, avec les usagers, avec les associations, avec tous ceux qui connaissent et utilisent nos territoires.
Notre objectif doit être simple : sécuriser nos villages avant qu’il ne soit trop tard.
2/ IL EST TEMPS DE REGARDER LA RÉALITE EN FACE
J’ai aussi écouté attentivement certains de mes concurrents.
Et je dois vous dire ma perplexité lorsque je les ai entendus expliquer qu’il était grand temps d’anticiper plutôt que de subir. Mais où étaient-ils lorsque leurs amis dirigeaient les circonscriptions locales, départementales, régionales et législatives ?
Je ne fais plus confiance aux pompiers pyromanes.
Je préfère celles et ceux qui ont la volonté de changer réellement de méthode. Car notre problème est précisément là : nous avons trop souvent attendu que les crises arrivent pour commencer à y répondre. Et cela ne peut plus durer.
Un sénateur ne se transmet pas. Il se choisit.
Je veux également lever toute ambiguïté.
Comme vous, j’ai entendu cette rumeur selon laquelle, voici déjà six ans, un pacte aurait été conclu entre deux responsables du Parti socialiste pour organiser la succession du sénateur sortant. Je ne sais pas si cette rumeur est vraie.
Mais une chose est certaine : le simple fait qu’une telle rumeur puisse circuler dit quelque chose de malsain sur l’état de notre démocratie et la responsabilité historique d’une prétendue social-démocratie qui se complait dans la social-mediocratie. Car le sénateur n’est l’héritier de personne. Il ne résulte d’aucun arrangement conclu dans quelque arrière-boutique que ce soit.
C’est vous qui l’élisez.
Et c’est précisément pour cela que cette élection doit être libre, ouverte, démocratique.
Le mandat parlementaire appartient à la République.
Il ne se transmet pas. Il se mérite.
3/ L’ARIÈGE DOIT CESSER DE SUBIR SON HISTOIRE
Alors posons-nous les vraies questions.
Comment expliquer que nous n’ayons pas suffisamment anticipé les crises de nos mono-industries pendant des décennies ?
Comment expliquer que nous soyons encore aujourd’hui dans une course permanente à certains investissements touristiques alors que nous savons que le changement climatique remet profondément en cause le modèle du ski ?
Comment éviter que notre territoire ne bascule dans une forme de surtourisme qui ferait de l’Ariège une sorte de « Disneyland de Toulouse » ?
Et surtout : pourquoi faudrait-il considérer que l’Ariège est condamnée à subir ?
Pourquoi ne pourrions-nous pas décider nous-mêmes de notre avenir ?
Pourquoi ne pourrions-nous pas écrire notre histoire à la première personne ?
Je le crois profondément : l’Ariège n’a pas vocation à subir son destin. L’Ariège doit choisir son avenir. Et, soit dit en passant, personne ne peut se prétendre seul détenteur des valeurs de la ruralité au motif qu’il pratiquerait une activité comme la chasse.
Ensemble, il nous faut changer de paradigme.
Le système politique ariégeois porte une responsabilité considérable dans cette situation.
Pendant des décennies, la domination sans partage du Parti socialiste a progressivement installé un fonctionnement politique dont les effets ont été délétères pour notre démocratie locale.
Le pouvoir s’est concentré. Les réseaux se sont structurés. Et l’adhésion au parti dominant est devenue un simple plan de carrière et non une adhésion à des valeurs. Et progressivement, une partie de la vie publique s’est trouvée enfermée dans un système qui ne laissait plus suffisamment de place au renouvellement, à la contradiction et à l’alternative.
Ce système s’est aujourd’hui fragmenté. Les dernières élections municipales ont montré que quelque chose était en train de changer.
Alors je le dis sans détour : l’Ariège doit changer de paradigme.
Parce que lorsque la politique ne parvient plus à répondre aux difficultés du quotidien, elle laisse un espace béant à tous les discours de colère et de rejet.
Et cet espace, nous savons qui cherche à l'occuper. Nous savons à quelles menaces nous avons à faire face.
C’est pourquoi la responsabilité est immense.
Nous devons reconstruire une démocratie locale vivante, pluraliste et capable de proposer un avenir renouvelé, attractif, en capacité d’accompagner les générations nouvelles qui le feront vivre. Le dynamisme d’un territoire, c’est la force de ses générations.
4/ L’EAU : NOTRE RICHESSE, NOTRE RESPONSABILITÉ
Parmi toutes les batailles que je mènerai, il en est une qui est absolument fondamentale : l’eau.
Je me suis longuement exprimé sur ce sujet pendant cette campagne.
Élu sénateur, je m’engage pour faire adopter dès la prochaine session parlementaire une loi visant à sanctuariser la nappe phréatique, dans la vallée de l’Ariège comme sur l’ensemble du territoire national.
Parce que l’eau n’est pas une marchandise comme les autres.
Parce que lorsque les incendies ravagent nos territoires et que les sécheresses deviennent récurrentes, nous ne pouvons plus nous contenter de déclarations générales.
L’eau, c’est la vie.
Et l’Ariège possède une richesse immense. Cette richesse doit être protégée.
Elle doit être gérée avec responsabilité.
Et elle doit rester sous le contrôle de celles et ceux qui vivent ici.
Cela implique de transformer notre modèle agricole et de ne pas se contenter de l’accompagner :
- Développer les circuits courts.
- Renforcer la souveraineté alimentaire.
- Protéger les terres agricoles.
- Lutter contre leur artificialisation.
- Refuser que des terres agricoles soient sacrifiées à des projets qui compromettent notre capacité future à nous nourrir comme les gravières et un agrivoltaïsme non maîtrisé.
Posons-nous simplement la question : est-il normal que l’Ariège ne soit pas davantage autosuffisante sur le plan alimentaire ?
Est-il normal que notre production laitière soit aussi insuffisante au point de réduire comme peau de chagrin notre production fromagère au lait cru ?
Comment pallier le manque de fourrage dans certaines estives tandis que nous continuons à pratiquer des formes d’irrigation qui ne tiennent pas suffisamment compte de la réalité de la ressource ?
Nous devons changer de modèle.
Oui, l’eau est la richesse de l’Ariège. À nous d’en être les gardiens.
5/ PRÉPARER L’ARIÈGE DES TRENTE PROCHAINES ANNÉES
Et puis il y a une autre urgence : anticiper.
Nous devons préparer l’Ariège des trente prochaines années.
Nous savons que de plus en plus de Français vont chercher à quitter les métropoles devenues de plus en plus inhospitalières avec le bouleversement climatique pour retrouver des territoires où il est encore possible de vivre autrement.
La crise du Covid aurait dû nous conduire à anticiper ce mouvement.
Il faut maintenant le faire.
Mais accueillir de nouvelles populations ne signifie pas simplement construire davantage.
Il faut rétablir des lieux de vie, des commerces, des services, des lieux de rencontre, des espaces culturels, des activités. Il faut régénérer une économie locale pour une vraie qualité de vie.
Parce que lorsque les lieux de sociabilité disparaissent, la solitude progresse.
Et lorsque la solitude progresse, la colère gagne du terrain.
C’est aussi comme cela que s’installent les discours de rejet et que l’extrême droite progresse.
Nous avons donc une responsabilité : rendre nos territoires désirables, vivants et solidaires.
L’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire, les circuits courts, les nouvelles formes d’activité, le numérique, voilà autant d’outils dont nous pouvons nous saisir.
Encore faut-il réduire les fractures numériques et cesser de faire des choix uniquement guidés par une logique comptable de court terme, comme l’installation de la fibre en aérien en zone de montagne.
Santé, logement, mobilité, formation : nous pouvons faire autrement, nous le devons.
Santé, logement, mobilité, formation : voilà les quatre piliers qui permettront à l’Ariège de relever ce défi.
Et là encore, disons-le franchement : cela suffit.
Cela suffit de se contenter d’emplois précaires et sous-payés.
Cela suffit de fermer des classes au nom d’une gestion purement comptable des effectifs sans tenir compte des réalités pédagogiques inhérentes aux classes uniques.
Cela suffit que les jeunes Ariégeois soient contraints de quitter leur département pour poursuivre leurs études alors que nous disposons, à Foix, d’un centre universitaire qui offre certes des formations de qualité, mais trop peu nombreuses.
Cela suffit que certaines spécialités médicales essentielles soient devenues trop rares sur notre territoire.
Cela suffit que certains secteurs demeurent des déserts médicaux.
Cela suffit que se loger dignement devienne de plus en plus difficile et que des solutions alternatives comme l’habitat léger ne soient pas prises en compte.
Cela suffit que la nécessaire lutte contre l’artificialisation des terres se traduise parfois par une impossibilité de se loger décemment.
Cela suffit enfin que les mobilités soient si mal organisées qu’il soit parfois plus simple de rejoindre Toulouse que certains autres points de l’Ariège.
Nous pouvons faire mieux. Et surtout, nous pouvons et devons faire autrement et réinventer notre organisation territoriale.
Voilà pourquoi je défends une autre organisation territoriale au niveau régional : une organisation fondée sur les réalités, sur les bassins de vie, sur les bassins versants et sur les solidarités réelles entre les territoires.
L’ambition de créer des écorégions pour repenser l’équilibre territorial est au cœur du programme que je soutiendrai dans les prochaines échéances nationales.
C’est une transformation profonde de notre manière de penser l’action publique que nous devons engager.
Parce qu’un territoire administratif ne constitue pas nécessairement un territoire de vie et parce que les frontières administratives ne doivent pas empêcher de répondre intelligemment aux réalités humaines, économiques, écologiques et géographiques, il est vraiment grand temps de remettre le territoire au cœur de la politique.
6/ JE VEUX ENFIN CONTINUER À VOUS PARLER FRANCHEMENT
Chères et chers collègues,
On m’accuse parfois, y compris parmi certains de ceux qui ne partagent pas mes convictions de représenter un mouvement qui serait animé par une ambition hégémonique.
Je veux simplement répondre par les faits.
La rénovation de la gauche engagée par La France insoumise a permis de rendre possible ce qui, hier encore, paraissait impossible.
Sans le programme de transformation proposé avec L’Avenir en commun, il n’y aurait pas eu la Nouvelle Union populaire écologique et sociale en 2022.
Il n’y aurait pas eu le Nouveau Front populaire en 2024.
Et le paysage politique national aurait été profondément différent. Macron aurait eu les mains totalement libres pour sa besogne de déconstruction de l’État social et depuis deux ans l’extrême droite aurait la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Ni les écologistes, ni les communistes, ni les socialistes ne seraient sortis des scrutins législatifs avec un groupe parlementaire.
Je constate donc avec étonnement que certains qui se disent proches de ces mouvances reprennent aujourd’hui, parfois mot pour mot, des accusations devenues omniprésentes dans une partie du paysage médiatique, qui cherche, par exemple à la demande du groupe Bolloré, à orienter et manipuler l’opinion.
Car comme toujours, les maîtres de la droite et les maîtres de l’argent jouent de la peur et du mensonge.
Pour ma part, je préfère regarder la réalité en face.
La question n’est pas de savoir qui dominera la gauche.
La question est de savoir qui sera capable de transformer notre pays.
- Qui sera capable de rendre du pouvoir aux citoyens ;
- Qui sera capable de redonner des moyens aux communes ;
- Qui sera capable de protéger nos territoires ;
- Qui sera capable de préparer l’avenir ;
- Qui sera capable de défendre l’eau, l’agriculture, les services publics, la santé, l’éducation, le logement et la dignité de celles et ceux qui vivent ici ;
Et surtout : qui aura le courage d’anticiper plutôt que de subir ?
Bref, dimanche, chères et chers collègues c’est vous et vous seuls qui avez un choix de responsabilité.
Vous m’avez parlé pendant cette campagne.
Je vous ai entendus.
Vous m’avez parlé de vos difficultés. Vous m’avez parlé de votre colère.
Mais, surtout, vous m’avez aussi parlé de votre volonté de continuer à faire vivre vos communes.
Je veux porter cette voix. Je veux porter votre expérience. Je veux porter votre exigence. Je veux porter votre volonté de changement.
Pas seulement au Sénat mais dans la République.
Parce que l’Ariège mérite mieux que de subir les décisions prises ailleurs.
Parce que nos communes méritent mieux que de se voir imposer toujours davantage de contraintes avec toujours moins de moyens.
Parce que nos agriculteurs méritent mieux que des politiques qui les enferment dans des contradictions impossibles.
Parce que nos jeunes méritent mieux que de devoir partir pour pouvoir étudier, travailler ou se loger.
Parce que nos anciens méritent mieux que l’isolement.
Parce que notre territoire mérite mieux que l’attente et l’improvisation.
Et parce que l’eau, nos terres, nos montagnes, nos villages et notre patrimoine ne sont pas des variables d’ajustement.
Dimanche, vous allez choisir une voix.
Une voix pour l’Ariège.
Une voix pour les communes.
Une voix pour la ruralité et la montagne.
Une voix pour une autre conception de la République.
Une voix pour l’anticipation plutôt que la résignation.
Une voix pour que l’Ariège cesse de subir et commence enfin à choisir son avenir.
Oui, il est grand temps de changer de paradigme.
En Ariège comme ailleurs.
Et ce changement, dimanche, peut commencer par vous.
En toute sincérité, avec l’expression de mes pensées républicaines
François LAFON
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