FRANÇOIS LAFON & MARTINE CRESPO
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ÉLECTIONS SÉNATORIALES 2026

LAFON 2026 - ÉLECTIONS SÉNATORIALES EN ARIÈGE
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L’Ariège mérite un sénateur qui anticipe, pas qui accompagne

Compte tenu des priorités que nous avons d’ores et déjà évoquées, il nous paraît utile, pour la clarté de cette campagne, d’analyser le positionnement du sénateur Jean-Jacques Michau, ancien socialiste, durant son mandat.

Reconnaissons-lui d’emblée un point positif : contrairement à ses deux collègues députés, il ne s’est pas déshonoré lors du vote de la première mouture de la scandaleuse loi Duplomb.

Cela étant posé, son bilan nous apparaît insuffisant. Non pas par mauvaise volonté, mais parce que le sénateur Jean-Jacques Michau s’est progressivement coulé dans le moule de la bien-pensance et de la pensée dominante, davantage qu’il n’a cherché à porter une véritable vision pour l’Ariège.

Prenons quelques exemples.

Photo montrant des panneaux solaires dans un pré.

Photovoltaïque et terres agricoles : une vision trop éloignée des réalités du terrain

Le sénateur sortant a manifesté son soutien à la filière photovoltaïque au nom d’une idée, en soi vertueuse : celle d’un outil au service de la transition écologique qu’il ne faudrait pas fragiliser.

C’est dans cette logique qu’il a notamment soutenu le décret du 8 avril 2024 encadrant l’agrivoltaïsme et les installations compatibles avec l’activité agricole. Ce décret ayant été contesté, notamment par la Confédération paysanne, il a donné lieu à trois décisions du Conseil d’État : celle du 3 octobre 2024, n° 494941, puis celles du 16 mars 2026, n° 494883 et n° 495025.

Ces décisions ont fixé des limites juridiques précises à l’activité agrivoltaïque en posant de nombreuses restrictions. Le principe qui s’en dégage est clair : l’agrivoltaïsme peut procurer un revenu complémentaire aux agriculteurs, mais il ne doit pas se développer au détriment de la production agricole ni contribuer au renchérissement du foncier agricole.

Or en Ariège, les projets photovoltaïques sont encore trop souvent conçus d’abord sous l’angle de la rentabilité financière, au détriment de la vocation agricole des terres.

C’est précisément sur ce point que nous aurions aimé entendre le sénateur sortant.

Dans les zones soumises à l’exploitation des gravières notamment, on assiste à une tentation permanente : pour des raisons strictement financières, transformer des terres agricoles en espaces couverts de panneaux photovoltaïques, lesquels sont, pour une très large part, fabriqués en Asie. Curieuse conception, au passage, de notre indépendance énergétique.

Avec un revenu pouvant dépasser 6 000 euros par hectare, aucune activité agricole — à l’exception de certaines productions à très forte valeur ajoutée, comme le semencier — ne peut raisonnablement rivaliser.

En soutenant cette logique, le sénateur sortant contribue, même si c’est « à l’insu de son plein gré », à un processus de captation des terres agricoles et de l’argent public (c’est-à-dire nos impôts) au profit de nouveaux acteurs financiers du secteur de l’énergie.

Nous aurions, au contraire, aimé le voir jouer pleinement son rôle d’élu du territoire en initiant, pour l’Ariège, une véritable réflexion sur la création de réserves foncières permettant d’accueillir les installations énergétiques sans contrarier l’activité agricole.

Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler à quel point le développement du photovoltaïque a été soutenu par l’argent public et donc par nos impôts au détriment d’autres investissements indispensables à la transition et à la décarbonation de l’agriculture.

Des coopératives agricoles oubliées dans la transition énergétique

Il est tout aussi regrettable que le sénateur en poste n’ait pas davantage accompagné la transition énergétique des grandes coopératives agricoles ariégeoises.

Ces structures sont de véritables gouffres énergétiques, notamment parce que le séchage des semences nécessite des quantités considérables d’énergie.

Un accompagnement structurel vers l’autoconsommation énergétique, reposant entre autres sur un usage judicieux du photovoltaïque installé sur leurs sites déjà urbanisés, pourrait pourtant produire des résultats immédiats : baisse des coûts, gain de productivité et bénéfice direct pour les centaines d’exploitations regroupées au sein de ces coopératives.

Répétons-le : nous ne mettons pas en cause les bonnes intentions de Jean-Jacques Michau.

Ce que nous contestons, c’est l’insuffisance manifeste de la prise en compte des problématiques concrètes du terrain ariégeois. L’absence de réflexion sur les conséquences réelles de certains choix conduit, dans les faits, à donner un permis de détruire des terres agricoles alors qu’il serait possible de produire de l’énergie autrement.

Photo de la fontaine de Fontesorbes en Ariège.

Hydroélectricité : derrière les intentions affichées, les vraies questions

L’hydroélectricité est un enjeu majeur pour l’Ariège. Il faut donc regarder de près les positions du sénateur sortant, notamment au regard des travaux législatifs de 2025-2026.

Le 1er octobre 2025, il a déposé, avec ses collègues rapporteurs, un rapport au titre particulièrement accrocheur : « Faire barrage à la concurrence ».

L’intention peut sembler vertueuse. Mais les propositions concrètes méritent d’être examinées sans détour.

Première interrogation : la relance des « filières réservées » pourrait favoriser la multiplication de retenues d’eau à ciel ouvert, directement exposées à l’évaporation — un phénomène appelé à s’aggraver avec le changement climatique.

Or l’eau ne se résume pas à ce qui coule à la surface. Les nappes souterraines jouent un rôle essentiel dans l’équilibre hydrologique des territoires. En Ariège, l’eau des montagnes peut rejoindre l’Atlantique en quelques jours par les rivières, tandis que le renouvellement de certaines nappes peut s’effectuer sur plusieurs siècles.

Réduire leur alimentation, c’est donc potentiellement puiser dans un stock que nous ne sommes pas capables de reconstituer à l’échelle d’une génération.

C’est aussi perturber la régulation thermique des sols et les équilibres des milieux naturels, agricoles et forestiers. Des retenues mal conçues ou multipliées sans discernement peuvent en outre modifier les échanges entre nappes et rivières et compromettre la restitution d’eau froide aux cours d’eau durant les périodes estivales.

« Faire barrage à la concurrence »… en organisant la concurrence ?

La contradiction est encore plus manifeste sur le terrain juridique.

Le rapport rappelle que l’État demeure propriétaire des installations, tout en proposant d’accorder aux exploitants des autorisations pouvant aller jusqu’à 70 ans, afin de sécuriser l’investissement.

Mais, dans le même temps, il prévoit que 40 % des installations pourraient être ouvertes à la concurrence pour des périodes de 20 ans.

Autrement dit : un rapport intitulé « Faire barrage à la concurrence » organise lui-même les conditions de cette mise en concurrence. Voilà une contradiction qui mérite, à tout le moins, d’être expliquée clairement aux Ariégeois.

D’autres dispositions interrogent davantage encore : les titulaires de ces nouveaux droits pourraient ne plus être strictement tenus de consacrer les installations à la production d’électricité et bénéficieraient de déclarations d’utilité publique.

Derrière ces mesures se dessine une orientation plus profonde : découpler progressivement l’hydroélectricité des autres usages de l’eau.

C’est là que se situe le véritable débat.

L’eau est-elle encore une ressource commune, dont les différents usages doivent être arbitrés dans l’intérêt général ? Ou devient-elle progressivement un actif dont la valeur économique prime sur ses fonctions agricoles, environnementales et collectives ?

Pour l’Ariège, la question n’est pas théorique. L’eau est à la fois une richesse économique, une ressource agricole, un patrimoine naturel et un enjeu stratégique.

Elle ne peut être réduite à une variable d’investissement.

Derrière les discours sur la défense de l’hydroélectricité, c’est donc bien le modèle de gestion de l’eau que nous devons interroger.

Photo montrant des vaches dans un pré.

Dermatose bovine : une réaction tardive plutôt qu’une anticipation

La gestion de la crise de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins illustre un troisième aspect du comportement du sénateur Michau.

Son interpellation de la ministre de l’Agriculture, le 25 février 2026, caractérise assez bien son mode de fonctionnement : intervenir après la bataille, une fois que les événements sont déjà largement engagés, plutôt que chercher à les anticiper.

Après avoir essentiellement suivi le cours des événements au quatrième trimestre 2025, Jean-Jacques Michau n’a abordé, dans son interpellation, aucune des questions fondamentales qui auraient pu permettre de préparer l’avenir.

Aucune initiative n’est notamment proposée pour instaurer une coordination sanitaire obligatoire avec l’Andorre et l’Espagne afin de limiter le risque de transmission de nouvelles maladies exotiques dans les estives transfrontalières.

Aucune proposition non plus concernant la création d’un véritable laboratoire d’alerte capable d’anticiper les crises sanitaires susceptibles d’arriver de Méditerranée et d’Afrique, alors même que le risque représenté par la DNC avait déjà été identifié en Espagne et en Italie.

Là encore, nous ne contestons pas la bonne volonté du sénateur. Nous constatons simplement l’absence d’une véritable stratégie d’anticipation adaptée aux réalités particulières de notre territoire.

Un sénateur davantage spectateur qu’acteur

Au terme de ce survol de quelques éléments précis de son mandat, un constat s’impose : le sénateur sortant s’est davantage positionné en spectateur qu’en véritable acteur du territoire.

Il a souvent réagi tardivement, en adoptant les positions dominantes du moment plutôt qu’en prenant le risque de proposer une vision différente et d’anticiper les difficultés à venir.

Or, un élu de l’Ariège ne devrait pas simplement accompagner l’air du temps. Il devrait être capable de défendre les intérêts spécifiques de son territoire, d’identifier les risques avant qu’ils ne deviennent des crises et de proposer des solutions adaptées aux réalités locales. Son bilan devrait pouvoir se juger sur des propositions de lois, des lois de programmations qui se construisent à partir du terrain, qui préparent l’avenir et qui modernisent notre société. Mais là nous n’avons pas grand-chose à nous mettre sous la dent.

Qu’il me permette donc de lui suggérer la lecture de cette maxime de Milan Kundera : « Être dans l’air du temps, c’est l’ambition des feuilles mortes. »


François Lafon



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